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Expérience, mise en pratique, feedback : ce que la recherche nous apprend sur la formation des adultes au travail

☀️ L’été pour apprendre autrement, dernier épisode 4/4

Formation en entreprise : comment apprend-on vraiment ? La réponse ne tient ni dans une méthode miracle, ni dans une opposition entre salle de formation et apprentissage sur le terrain. Un adulte arrive en formation avec une expérience, des habitudes, des connaissances et une manière déjà construite de faire son travail.

Pour qu’une formation en entreprise produise réellement de l’apprentissage, transmettre du contenu ne suffit donc pas. Il faut aussi permettre aux participants de relier les apports à leur expérience, d’en comprendre l’utilité, d’essayer, d’échanger, de recevoir du feedback et, ensuite, d’utiliser ces acquis dans leur travail.

L’expérience : le point de départ de l’apprentissage

Un adulte n’arrive jamais en formation avec une page blanche. Prenons un manager qui participe à une formation sur le feedback. Il arrive avec plusieurs années de conversations difficiles, de réussites, d’erreurs et quelques habitudes bien installées.

Ce qu’il découvre ne vient donc pas simplement s’ajouter à ce qu’il sait déjà. Il va comparer, interpréter et parfois remettre en question ce qui lui est proposé.

L’expérience peut aider à apprendre, mais elle peut aussi résister au changement. Un collaborateur expérimenté dispose de nombreux repères, mais aussi d’automatismes qui ont parfois fonctionné pendant des années. Apprendre peut alors demander d’acquérir quelque chose de nouveau, mais aussi de revoir une manière de faire devenue familière.

Dans Apprendre au travail, ouvrage dirigé par Étienne Bourgeois et Marc Durand, plusieurs chercheurs montrent que l’activité professionnelle peut devenir une source d’apprentissage à condition de pouvoir faire des liens avec des situations vécues, essayer, échanger, recevoir du feedback et prendre du recul sur son expérience.

Autrement dit, l’expérience seule ne suffit pas. Ce qui compte, c’est ce que la personne peut en faire.

Pour apprendre, il faut comprendre à quoi cela va servir

Dans un contexte professionnel, une question revient souvent :

« À quoi cela va me servir dans mon travail ? »

Les chiffres suisses confirment que cette question n’est pas anecdotique. Interrogés par l’Office fédéral de la statistique sur les raisons de suivre une formation continue professionnelle, les participants citent avant tout le fait d’être plus efficaces dans leur travail. Viennent ensuite l’intérêt personnel pour le sujet, puis les adaptations organisationnelles ou technologiques, et la participation obligatoire. L’amélioration des perspectives de carrière n’arrive qu’en cinquième position.

Autrement dit, les adultes qui se forment cherchent d’abord un effet sur leur activité quotidienne, pas un titre ni une promotion.

Cela ne signifie pas que chaque apprentissage doit produire un résultat dès le lendemain. Apprendre à mieux manager, conduire un changement ou gérer un conflit demande du temps.

En revanche, le participant doit pouvoir comprendre le lien entre ce qui lui est proposé et les situations auxquelles il est réellement confronté.

On apprend aussi en faisant

Une grande partie des apprentissages professionnels se construit dans l’activité. Mais le travail n’est pas formateur par nature.

Le chercheur Stephen Billett montre que l’apprentissage au travail dépend de deux éléments qui fonctionnent ensemble : les possibilités d’apprendre offertes par l’environnement professionnel et la manière dont la personne s’en saisit.

Une entreprise peut offrir une nouvelle mission, la possibilité d’observer un collègue ou de recevoir du feedback. De son côté, le collaborateur doit pouvoir et vouloir s’engager dans ces occasions.

Confier une mission difficile peut donc faire progresser. À l’inverse, cela peut simplement mettre quelqu’un en difficulté.

Ce qui fait la différence ? La possibilité d’obtenir de l’aide, de poser des questions, d’observer et de revenir sur ce qui s’est passé.

70-20-10 : utile comme repère, pas comme règle

Le modèle 70-20-10 rappelle une idée simple : on n’apprend pas seulement en salle. On apprend aussi en travaillant et en échangeant avec les autres.

En revanche, rien ne permet d’affirmer avec certitude que 70 % de l’apprentissage vient de l’expérience, 20 % des échanges et 10 % de la formation formelle.

Alan Clardy, dans une analyse publiée dans Human Resource Development Review, montre que les recherches disponibles ne suffisent pas à confirmer solidement ces proportions.

La vraie question n’est donc pas de chercher la bonne répartition, mais de comprendre comment formation, expérience, échanges et mise en pratique se complètent.

Apprendre suppose de pouvoir essayer… et parfois se tromper

Apprendre signifie faire quelque chose que l’on ne maîtrise pas encore parfaitement. Il faut donc essayer. Et parfois se tromper.

Or l’entreprise demande en même temps efficacité, fiabilité et performance. Cette tension est particulièrement visible dans les formations comportementales.

Un manager peut comprendre comment conduire une conversation difficile pendant une formation. La première fois qu’il changera sa manière de faire, tout ne se déroulera pourtant pas forcément comme prévu. Pour progresser, il devra pouvoir tester, observer, ajuster et recommencer.

C’est ici qu’intervient la sécurité psychologique.

Amy Edmondson, professeure à Harvard Business School, a montré dans une étude devenue une référence qu’elle est liée aux comportements favorables à l’apprentissage dans les équipes.

Concrètement, il s’agit de pouvoir poser une question, demander de l’aide, signaler une erreur ou proposer une autre manière de faire sans craindre d’être immédiatement dévalorisé.

La sécurité psychologique ne signifie ni absence d’exigence, ni droit de tout faire sans conséquence. Elle reconnaît simplement une réalité :

Pour apprendre, il faut parfois pouvoir montrer que l’on ne sait pas encore.

Cecilia Mornata, chercheuse et chargée d’enseignement  à l’Université de Genève, applique cette question directement à l’apprentissage au travail. Elle souligne une contradiction très concrète : apprendre implique des tâtonnements et des erreurs, alors que le travail exige en même temps efficacité et fiabilité.

Une organisation peut donc investir dans le leadership ou la communication. Mais si les collaborateurs n’osent pas tester une nouvelle pratique ou reconnaître une difficulté, une partie de l’apprentissage risque de rester théorique.

On apprend rarement seul

L’apprentissage professionnel est aussi une affaire d’interactions.

Un collègue expérimenté peut montrer comment il s’y prend. Un formateur peut apporter une méthode et aider à prendre du recul. Un manager peut créer une occasion d’essayer quelque chose de nouveau puis revenir sur l’expérience.

Son rôle n’est pas de devenir formateur. Il peut simplement demander : qu’as-tu retenu ? Qu’aimerais-tu essayer ? Dans quelle situation ? Qu’est-ce qui s’est passé lorsque tu l’as testé ?

Ces échanges créent un pont entre formation et travail réel.

Pour les soft skills, apprendre ne suffit pas

Apprendre à utiliser une nouvelle fonction informatique n’est pas la même chose qu’apprendre à conduire un entretien difficile.

Dans le premier cas, on peut souvent suivre une procédure assez précise. Dans le second, il faut écouter, interpréter, choisir ses mots, observer la réaction de l’autre et s’adapter.

Brian Blume, J. Kevin Ford, Timothy Baldwin et Jason Huang ont regroupé les résultats de 89 études sur le transfert des apprentissages dans une analyse publiée dans le Journal of Management.

Leurs travaux montrent que plusieurs éléments comptent : ce qui se passe pendant la formation, bien sûr, mais aussi la motivation de la personne, le soutien de son environnement de travail et la nature de la compétence.

Certaines compétences sont assez cadrées. D’autres, comme le leadership, la communication ou la négociation, demandent davantage d’adaptation.

Pour ces compétences, connaître une méthode ne suffit donc pas. Il faut pouvoir l’essayer, observer ce qui se passe, recevoir du feedback et ajuster sa pratique.

Plus une compétence dépend du contexte, plus l’apprentissage doit rester connecté au travail réel.

Avoir l’occasion de mettre en pratique

Prenons un participant qui vient de suivre une formation à la conduite d’entretien. Il repart motivé, avec de nouveaux repères. Mais si aucun entretien n’est prévu pendant plusieurs mois, la nouvelle compétence risque de rester théorique.

Une question simple peut donc être posée avant même la fin de la formation :

« Quand pourrez-vous utiliser cela pour la première fois ? »

L’enjeu n’est pas de tout réussir immédiatement. Il est de créer une première occasion d’essayer, puis de revenir sur l’expérience : qu’est-ce qui a fonctionné ? Qu’est-ce qui doit être ajusté ?

La formation ne s’arrête donc pas à la dernière heure du programme. Elle se prolonge dans les situations où la personne peut tester et consolider ce qu’elle a appris.

Cinq questions avant de choisir un programme de formation

Pour les responsables RH et formation, cinq questions permettent déjà de regarder un dispositif autrement.

1. À quelle situation de travail la formation répond-elle ?

Un besoin comme « améliorer le leadership » devient plus utile lorsqu’il est relié à une situation précise : mieux déléguer, donner du feedback ou accompagner un changement.

2. Que savent et font déjà les participants ?

Leur expérience est une ressource, mais elle peut aussi contenir des automatismes à questionner.

3. Que pourront-ils essayer pendant la formation ?

Une mise en situation ou un cas réel permet de confronter immédiatement les nouveaux repères à la réalité.

4. Où pourront-ils l’appliquer ensuite ?

Une compétence a besoin d’occasions pour s’installer dans la pratique.

5. Quel feedback pourront-ils recevoir ?

Le retour d’un formateur, d’un pair ou d’un manager aide à comprendre ce qui fonctionne et ce qui doit être ajusté.

En Suisse, les entreprises ont un rôle central

Cette réflexion prend une importance particulière en Suisse, où les employeurs jouent déjà un rôle majeur dans la formation continue.

Selon l’Office fédéral de la statistique, en 2021, 54,4 % des personnes en emploi âgées de 25 à 64 ans avaient participé à au moins une formation continue. Parmi celles ayant suivi une formation dans un but professionnel, 93 % avaient bénéficié du soutien de leur employeur. Les entreprises soutenaient également près de 80 % du volume total d’heures consacrées à ces formations.

Ces données datent de 2021 et doivent être replacées dans le contexte particulier de cette période (Covid19). Elles montrent néanmoins que le rôle de l’entreprise dépasse le financement d’un programme ou le choix d’un prestataire.

L’entreprise crée aussi une partie des conditions dans lesquelles l’apprentissage pourra, ou non, continuer.

Alors, comment apprend-on vraiment en entreprise ?

Pas uniquement en écoutant un formateur, ni simplement en accumulant de l’expérience.

L’apprentissage se construit lorsque de nouvelles idées rencontrent ce que l’on sait déjà, lorsqu’on comprend leur utilité, que l’on peut les tester, échanger, recevoir du feedback et revenir sur sa manière de faire.

Pour les responsables RH et formation, cela change la perspective : concevoir une formation ne consiste pas seulement à choisir ce que l’on va transmettre. Il s’agit aussi de créer les conditions pour que les personnes puissent réellement apprendre, puis faire évoluer leur pratique.

Vous voulez développer ces compétences dans votre équipe?

Chez Swissnova, les formations partent de l’expérience des participants et de situations professionnelles concrètes. Le programme Les Fondamentaux du Management se déroule sur quatre journées réparties sur quatre mois, et chaque journée se termine par un engagement de transfert dans le quotidien de l’équipe.

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